Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

 

Monsieur le Président de tous les français, Je pense que vous cherchiez un héros quand vous avez souhaité honorer la mémoire de Maurice Audin ? Mais pourquoi choisir comme héros ce triste individu ? Serait-ce parce qu’il fut, selon certains, le  symbole des exactions de l’armée française ? Alors que, selon d’autres, il aurait mérité « 12 balles dans la peau »!

S’il vous fallait un héros, pourquoi ne pas choisir Guy Monnerot ? Ce jeune instituteur,  du même âge qu’ Audin, avait décidé de mettre sa vie au service des autres comme sa culture et sa formation chrétienne l’y avait engagé. Guy Monnerot, le premier mort de la guerre d’Algérie,  qui agonisa pendant cinq heures sur le bord d’une route déserte de l’Oued Abiod, ne fut pas seulement une victime. Il était parti en mission au service de la République française, de la République laïque. C’était sa façon à lui de porter, haut et loin, les symboles de notre civilisation. Plutôt que de poser des bombes, il avait choisi, et avec combien de désintéressement, d’aller porter la connaissance aux peuples colonisés.

Il avait délibérément demandé, avec sa jeune femme  Jeanine, un poste d’enseignement dans une région perdue des Aurès, dans un village « comme égaré, presqu’ignoré », tel que le chantait Edith Piaf. Le village de Tifelfel,  avec une école, certes toute neuve, bâtie en pleine montagne, mais sans électricité ni téléphone. Un symbole d’abnégation et de courage !

Sa mort est, elle aussi, un symbole. Ce jour-là, trois passagers d’un car furent mitraillés par un commando rebelle.  Les victimes furent deux français, Guy et sa femme, et aussi un arabe, le Caïd Hadj Sadok, un Saint homme, selon la religion musulmane. Celui-ci avait eu le tort de prendre la défense des deux enseignants.

Cet attentat inaugura une période de sang et de haine. Car les rebelles n’épargnèrent jamais personne dans leur volonté d’arriver au pouvoir. Cette haine, aboutit à l’exil de tout un peuple, pieds noirs et harkis. Comment voulez-vous que cette haine et cette peur, qui s’abattit sur l’Algérie, n’est  pas entrainée, avec elle, des exactions ? 

Voici, Monsieur le Président, sans vouloir prétendre vous conseiller, pourquoi nous, anciens combattants, qui avons vécu cette douloureuse période, aimerions qu’un jour, prochain peut-être, le choix de la nation se porte sur un vrai héros : Guy Monnerot, par exemple.  Et pourquoi pas que ce héros devienne, lui aussi, « Panthéonisable » suivant l’expression actuellement en vigueur.

Avec tout notre respect,

L’Union Nationale des Combattants de Seine et Marne